histoire d'un 1er rendez-vous

Thérapeute - Bonjour, Madame. Installez-vous ici, lui suggérai-je avec un sourire de bienvenue en lui montrant le fauteuil installé en face du mien.

Patiente - Merci. C'est joli chez vous !

C'est vrai que j'ai voulu faire de cet endroit un lieu accueillant. Pas de bureau entre nous, juste 2 fauteuils confortables, à distance convenable.

ŸT - Merci, Madame. Nous disposons environ d'une heure pour faire connaissance. Vous me direz ce qui vous amène, et moi, je veux bien répondre à toutes les questions que vous souhaiterez me poser. Puis je noter vos coordonnées ?

Je note ces éléments. Je sais qu'elle se prénomme Nathalie. Il se peut qu'après quelques séances on utilise les prénoms plutôt que Monsieur ou Madame. Mais le vouvoiement reste habituel, et, de toutes façons, rien n'est systématique.

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ŸT -  Comment m'avez vous connue?

P - C'est une amie, Corinne, qui a été votre patiente qui m'a parlé de vous avec reconnaissance. J'avais déjà vos coordonnées depuis un an au moins, mais c'était difficile de me décider.

Il n'est pas rare en effet que, entre le moment où une personne reçoit le nom d'un thérapeute et la prise de rendez vous se passe un temps important. C'est une demande qui mobilise beaucoup d'énergie et d'appréhension. Quelques idées toutes faites continuent de se répandre sur la thérapie, par exemple, c'est pour les faibles, les fous, il faut se débrouiller seul, on devient dépendant de son thérapeute, ça dure au moins 10 ans, ça fait divorcer...

ŸT -  Et quel est l'évènement dans votre vie récente qui vous a fait prendre rendez-vous?

P - J'ai de plus en plus d'angoisses. Je dors mal, je me sens oppressée dans ma respiration. Et dernièrement, c'est une dispute avec mon compagnon qui m'a fait dire que ça ne pouvait pas continuer ainsi.

T -  Pouvez vous me dire l'objet de votre dispute?

P - C'était au sujet de mon travail. Il me reproche d'y passer trop de temps, de rentrer épuisée à la maison, de le délaisser.

Les raisons d'une consultation sont aussi nombreuses qu'il y a de consultants. Parfois, il s'agit de difficultés relationnelles au travail, avec l'entourage ou le conjoint. D'autres fois, ce sont des événements de la vie, déménagements, chômage, deuils, ruptures... qui sont mises en avant. Parfois, ce sont des problèmes de santé, l'annonce d'une maladie, une dépression, des angoisses, phobies, des douleurs auxquelles les médecins ne savent pas mettre un nom et conseillent d'aller voir un thérapeute. D'autres fois encore, ce sera l'impossibilité d'avoir un enfant, de nouer une relation amoureuse stable.

Mais, même regroupés sous le même vocable, les motifs de consultation sont différents, car chaque personne vit ce qui lui arrive à sa façon, et il n'y a pas de hiérarchie de la douleur, certaines méritant le détour, d'autres n'étant que peccadille.  Je me dois d'en écouter la spécificité.

ŸT - Je comprends, ce doit être difficile de vivre toutes ces tensions, et vous semblez avoir l'impression que votre conjoint ne vous comprend pas.

P - C'est vrai, je me sens seule. Corinne m'a dit que vous pratiquiez la Gestalt. Pouvez vous me dire en quoi cela consiste?

ŸT -  Oui, bien sûr.  La Gestalt est une méthode de psychothérapie qui fait partie des psychothérapies humanistes, c'est à dire dans lesquelles la relation entre le thérapeute et le client est essentielle. Cette méthode s'apparente à du sur-mesure.

C'est cela en particulier que j'aime dans cette thérapie : je me sers de ce que je ressens, vois, imagine avec vous, en face de moi, ici et maintenant. Et c’est forcément différent de l’expérience avec la personne qui était avant vous. Tout comme elle sera différente avec la personne qui viendra après vous.  Je mettrai en mots ce vécu et vous partagerai ce que je comprends de ce que vous me dites. Ce seront des mots uniques puisque cet instant entre nous sera unique.

Nous naissons et construisons notre personnalité avec nos relations familiales tout d'abord, puis scolaires, sociales, professionnelles, amoureuses... Dans ces relations, nous sommes en perpétuelle inter relation avec notre environnement, nos parents lorsque nous étions enfants par exemple.

Nous avions besoin de sentiment d'amour, de sécurité, d'appartenance. Nous nous conformions à des modèles, nous obéissions à des normes, à des désirs, et parfois, dans ces relations, nous avons mis de côté une partie de nous mêmes, nos pensées, nos besoins, nos désirs.

Parfois on estime que, lorsque nous sommes adultes, nous devrions n'avoir que des comportements d'adulte. Mais en réalité, nous sommes construits de façon plus subtile, un peu comme des poupées russes. Il y a une grande poupée adulte, Nathalie, en face de moi, capable de mener sa vie d'adulte, amoureuse, professionnelle, mais à l'intérieur de cette grande poupée, il y en a plusieurs, de tailles différentes, jusqu'à la plus petite, qui sont présentes en même temps. Et selon ce qui se passe dans l'environnement, c'est plutôt telle ou telle qui ressurgit. Par exemple, lorsqu’au travail votre chef de service vous fait un reproche ou une demande exigeante, il s’adresse vraisemblablement à l’adulte, à la collègue avec laquelle il travaille. Mais c’est peut être la toute petite fille apeurée, souvent rabrouée qui tremble de peur devant cette figure parentale et a besoin d’être rassurée

P -  Je crois que, petite fille, il n'y avait guère de place pour les compliments. Ma mère était aussi très angoissée et il fallait toujours travailler pour éviter les reproches

ŸT - Et que ressentez vous dans votre corps, juste maintenant, quand vous évoquez ce souvenir ?

Nathalie se tait un moment et laisse monter ses larmes

P -  Excusez moi...

 

ŸT - C'est un bon endroit ici pour laisser arriver toutes les émotions qui vous adviennent. Je suis là aussi pour vous accueillir dans ces moments là. La psychothérapie que je pratique ne s'intéresse pas qu'au mental, mais aussi aux émotions et aux sensations corporelles. En effet, lorsque nous étions bébé, nous avons vécu un grand nombre de sensations corporelles sur lesquelles il nous était impossible de mettre de la conscience, car notre cerveau n'était pas encore construit pour les identifier ou les nommer. C'est ainsi que, parfois, nous vivons des sensations ou des émotions qui nous paraissent incompréhensibles, et c'est le travail accompli en thérapie qui va leur donner sens, sans jugement.

Nathalie me regarde les yeux encore humides, mais rassurée. Elle semble prendre peu à peu confiance. Elle ne sera pas jugée, mais accueillie comme elle est. ​La séance se déroule encore un moment. Nathalie me parle de sa vie, de son travail, si elle est entourée ou non d'amis, quelles sont ses relations aujourd'hui avec sa famille, quelles sont les ressources qu'elle mobilise pour faire face aux moments difficiles de sa vie.... Je sens qu'un dialogue se met en place et je vois le corps de Nathalie se détendre peu à peu. Elle accepte même une proposition de s'appuyer sur le dossier et de sentir sa respiration.

ŸT - Nous arrivons au bout du temps que nous nous étions fixé. Où en êtes vous après cet échange?

P -  Je me sens soulagée. J'ai posé un poids énorme sur ce fauteuil.

Puis arrive l'inévitable question

P -  Selon vous, combien de séances seront nécessaires pour moi ?

ŸT - Il n'est pas possible de fixer une durée. C'est vous qui, peu à peu, allez sentir si vous allez mieux, si vous vous sentez capable de cheminer seule, si vous avez besoin d'une pause.

En ce qui me concerne, je suis disposée à vous accueillir aussi longtemps que nécessaire, mais nous ferons le point régulièrement pour savoir où vous en êtes.

Chaque consultation dure entre 55’ et 60' et coûte 55 euros.

Nous aurons besoin de nous voir chaque semaine, au moins au début, pour avancer de façon satisfaisante. Par ailleurs, je vous demande de me prévenir 48 h à l'avance si vous deviez annuler ou déplacer notre rendez vous afin que je puisse m'organiser.

Les règles fixent le cadre de la thérapie et permettent de développer une relation sans ambiguïté. Elles ne sont pas rigides, et peuvent se discuter selon les impératifs de chacun.

ŸŸT -  On va s'arrêter là pour aujourd'hui, proposais je. Si vous le souhaitez nous pouvons prendre rendez vous maintenant ou peut être préférez vous prendre le temps de la réflexion...